L’éclipse vue par les photographes professionnels

L’alignement précis du Soleil, de la Lune et de la Terre est un phénomène rare ; c’est pourquoi, lorsqu’il survient, des professionnels de l’image comme l’astrophotographe Angel Fux sont toujours prêts à le saisir…
Mentions légales : Cet article présente des prises de vue d’éclipses solaires réalisées par des professionnels qualifiés. Nikon déconseille formellement toute tentative de photographie ou d’observation du soleil sans formation préalable et sans équipement de protection certifié approprié. Le non-respect des précautions de sécurité peut entraîner des lésions oculaires permanentes, ainsi que des dommages irréparables au matériel photographique.Veuillez noter que l’équipement et les réglages précis mentionnés dans le présent article sont fournis à titre purement indicatif et ne constituent en aucun cas une garantie de sécurité dans votre situation particulière.
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Le 12 août 2026, l’un des phénomènes naturels les plus rares se produira dans le ciel de certaines régions d’Europe, avec le passage d’une éclipse solaire totale. Le cône d’ombre, c’est-à-dire la partie centrale de l’ombre projetée par la Lune lorsqu’elle s’interpose directement entre la Terre et le Soleil, correspond à la région depuis laquelle l’éclipse solaire totale pourra être observée. Cette fois, la trajectoire de la totalité débutera aux abords du pôle Nord, puis progressera vers le sud-ouest à travers le Groenland, l’Islande, un petit secteur du Portugal, ainsi que le nord et l’est de l’Espagne, avant de s’étendre vers les îles Baléares au moment du coucher du soleil.

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L’Espagne devrait figurer parmi les lieux les plus privilégiés pour observer l’éclipse solaire du 12 août 2026.

L’Espagne figurera selon toute vraisemblance parmi les sites d’observation les plus propices pour assister à ce phénomène, la première éclipse totale observable en Europe continentale depuis 1999. Les conditions d’observation précises resteront toutefois tributaires de la position géographique, des conditions météorologiques locales et, avant tout, du dégagement de la ligne d’horizon. Circonstance plus notable encore, l’éclipse se produira au moment d’un coucher de soleil de fin d’été. Le soleil étant alors bas sur l’horizon, les photographes professionnels disposant d’une vue dégagée vers l’ouest pourraient avoir l’occasion d’immortaliser le phénomène de l’anneau de diamant, aussi fugace que difficile à saisir. Ce phénomène se produit à l’approche de la phase de totalité, lorsque les dernières lueurs du soleil disparaissent derrière les bords accidentés et irréguliers de la Lune. Un ultime point lumineux demeure alors visible sur la silhouette sombre de l’astre, créant l’apparence d’un anneau de diamant.
Observable à l’approche de la phase de totalité, le phénomène de l’anneau de diamant correspond au très bref instant où un ultime point lumineux demeure visible, dernier vestige du disque solaire avant son occultation complète.

Si seules certaines régions se trouveront directement sur la trajectoire de l’ombre centrale, une éclipse partielle sera néanmoins observable sur une grande partie de l’Europe, dans le nord-ouest de l’Afrique, dans la majeure partie du Canada ainsi que dans certaines zones septentrionales des États-Unis. Au Royaume-Uni, c’est dans l’extrême sud-ouest que le spectacle devrait être le plus saisissant, avec jusqu’à environ 96 % du disque solaire occulté dans certaines parties des Cornouailles. À Londres, les observateurs verront près de 91 % du Soleil disparaître, avec un début de l’éclipse prévu localement à 18 h 17 h et une fin peu après 20 h (heure d’été du Royaume-Uni). En France, c’est dans les villes du sud-ouest que l’occultation partielle devrait être la plus marquée, Biarritz s’approchant d’une couverture quasi totale du disque solaire, tandis qu’à Paris, près de 92 % du Soleil seront masqués. En Allemagne, c’est dans le sud-ouest et l’ouest du pays que l’occultation sera la plus marquée, avec près de 90 % du Soleil masqué à Fribourg, contre environ 85 % à Berlin.
Astrophotographe et cinéaste, Angel Fux s’est notamment spécialisée dans la captation d’événements célestes.

Aussi séduisant que puisse paraître l’exercice, la photographie d’une éclipse solaire exige une approche rigoureuse et n’est recommandée qu’aux professionnels ou aux photographes hautement qualifiés. Cette pratique requiert un équipement de sécurité spécialisé, une planification rigoureuse et une connaissance précise des conditions dans lesquelles l’observation du soleil est, ou non, possible en toute sécurité.
Angel Fux, photographe suisse de renom, compte parmi les professionnelles chevronnées qui se préparent à capturer ce spectacle céleste dans toute sa magnificence. Sa passion pour la photographie du ciel nocturne lui a valu de voir ses images publiées par des références prestigieuses telles que NASA APOD (Astronomy Picture of the Day), BBC Science Focus, The Guardian et le magazine Astronomy.
Nous l’avons interrogée afin de mieux comprendre les exigences propres à la captation d’un événement de cette nature en toute sécurité, de la préparation et du matériel de protection requis jusqu’à la précision, à la fraction de seconde près, nécessaire au moment de l’entrée dans la phase de totalité…
La sécurité avant tout
« Sans protection adéquate, le soleil peut provoquer des lésions oculaires irréversibles, et aucune image ne justifie de courir un tel risque. C’est pourquoi, durant les phases partielles, je porte systématiquement des lunettes d’éclipse certifiées lorsque j’observe directement le soleil, et j’installe un filtre solaire adapté à l’avant de chaque objectif, précise Angel. Le filtre est spécifiquement conçu pour l’imagerie solaire et bénéficie d’une classification ND100000. Le seul moment où je retire lunettes et filtres, c’est celui de la phase de totalité. Avant l’éclipse, j’étudie soigneusement les horaires des contacts afin de savoir avec précision à quel moment retirer les filtres, puis quand les remettre. »
Tout se joue très vite : l’éclipse ne laissant que quelques instants pour réagir, les photographes chevronnés arrivent préparés, avec en tête l’image emblématique qu’ils souhaitent immortaliser.

Pourquoi chaque seconde compte
« Une éclipse est rythmée par quatre instants de contact. C1 : début de la phase partielle. C2 : début de la phase de totalité. C3 : fin de la phase de totalité. C4 : fin de l’éclipse, explique Angel. « Les personnes qui ont déjà vécu la phase de totalité la décrivent comme l’un des spectacles les plus déroutants et les plus saisissants qu’elles aient jamais observés. Le ciel s’assombrit, les étoiles et les planètes les plus brillantes apparaissent, la température de l’air chute et la couronne solaire devient visible à l’œil nu. Cette éclipse nous accordera un peu moins de deux minutes de totalité, ce qui en fera l’une des plus délicates à photographier avec justesse. »
« Pendant la phase de totalité, le Soleil ne se trouvera qu’à 8° au-dessus de l’horizon, une position particulièrement basse. La couronne solaire, le paysage et les dernières lueurs du jour se retrouveront alors dans une même image : une combinaison qu’il est exceptionnel de pouvoir préparer deux fois dans une vie. Ainsi, avant même de poser la main sur mon appareil, je sais déjà quelle image je veux rapporter. C’est elle qui me sert de point d’ancrage et d’objectif. Tout se joue très vite pendant une éclipse ; l’adrénaline se fera sentir, et cette priorité clairement établie m’aidera à rester concentrée au moment crucial. »
De l’avis d’Angel, le trépied représente un élément « indispensable » pour toute prise de vue photo ou vidéo professionnelle d’une éclipse.

Pouvoir compter sur son matériel
« La réussite des prises de vue de l’éclipse tient pour beaucoup aux choix d’équipement effectués en amont, » poursuit Angel. L’utilisation d’un trépied est par exemple impérative, car tout mouvement au cours d’une séquence compromet le travail d’assemblage des images en post-production. Je prends donc soin de le stabiliser parfaitement, puis je n’y touche plus. »
« Côté objectifs, le grand-angle permet d’inscrire l’image dans son contexte : le paysage, l’ombre portée et l’atmosphère. Le téléobjectif permet quant à lui de cadrer au plus près : la couronne solaire, l’anneau de diamant, les détails les plus fins. Je travaillerai avec deux configurations distinctes : le NIKKOR Z 400mm f/4.5 VR S pour la couronne solaire et le NIKKOR Z 14-24mm f/2.8 S destiné aux prises de vue du paysage, tous deux associés à un boîtier Z 8. »
Ne disposant que d’une heure pour opérer, les professionnels doivent avoir une parfaite maîtrise de leur technique et pouvoir s’appuyer sur des automatismes éprouvés.

La préparation derrière l’image
« Pour cette éclipse, je disposerai d’un peu moins de deux heures, la phase de totalité ne durant que 103 secondes, précise Angel. J’utiliserai le temps compris entre C1 et C2 pour contrôler la mise au point, valider l’exposition et simplement reprendre mon souffle. Je réglerai mon appareil pour saisir les phases partielles à intervalles de cinq à quinze secondes, un rythme que je trouve idéal. »
« À C2, je retirerai complètement mon filtre solaire, puis, pendant la phase de totalité, je réglerai le bracketing d’exposition sur la plage la plus large possible. La couronne solaire exige une vaste plage d’expositions pour être révélée dans toute sa richesse, depuis les zones les plus proches du disque solaire jusqu’aux fins filaments qui s’étendent à sa périphérie. J’utilise habituellement neuf valeurs d’exposition (IL), car aucune prise de vue unique ne peut tout restituer. Pour cette éclipse, je viserai une plage allant de 1/8000 s à une seconde complète. »
« Dans cette fenêtre de 30 secondes entre C2 et C3, je passerai en mode Continu H (haute vitesse). C’est à ce moment que devraient apparaître l’anneau de diamant, les grains de Baily (de minuscules points de lumière solaire qui scintillent autour du limbe irrégulier de la Lune juste avant et juste après la phase de totalité) ainsi que les premières protubérances solaires, ces lueurs rosées visibles sur le pourtour du disque solaire. Ces phénomènes ne durent que quelques secondes à peine ; je ne procéderai donc à aucun ajustement des réglages lorsqu’ils se manifesteront. À C3, à l’apparition du second anneau de diamant, je remettrai immédiatement le filtre en place. »
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