Portraits sous pression

Hannah Peters, photographe sportive chez Getty, nous présente certaines de ses images les plus émouvantes et nous explique comment réussir des portraits sous pression
« L’adrénaline monte, et j’utilise cette énergie de manière positive en me concentrant sur toutes les décisions que je dois prendre en très peu de temps », explique Hannah Peters. Après avoir découvert sa passion pour la photo à l’école, Hannah s’est orientée vers une carrière dans l’imagerie sportive. De l’édition en agence aux missions de fin de semaine, elle s’est d’abord lancée en indépendante avant de rejoindre Getty Images en 2010. « Le sport fait naître des émotions en une fraction de seconde. Pouvoir les saisir dans un portrait, c’est une expérience incroyable, poursuit-elle. Cette seule photo suffira à traduire l’émotion brute que ressent cette personne à cet instant précis. »
Aujourd’hui, Hannah se spécialise dans la photographie sportive, notamment le rugby, l’athlétisme et le tennis, mais au-delà de sa couverture sportive au sens large, cette Néo-Zélandaise est réputée pour ses portraits saisissants et chargés d’émotion, réalisés dans des situations de forte tension. « La joie, la déception ou la frustration : les portraits sportifs pris sur le vif révèlent les émotions les plus intenses des athlètes, explique-t-elle. Ils mettent également en lumière le côté plus humain du sport et la personnalité des athlètes, ce qui est souvent mieux rendu avec des clichés pris sur le vif. »
Voici quelques-uns des portraits pris sur le vif que Hannah préfère. Elle nous parle de l’émotion, de l’instinct et de la technique qui se cachent derrière ces clichés…

Que contient mon sac photo ?
Noah Lyles, de l’équipe des États-Unis, réagit après s’être qualifié pour la finale lors des demi-finales du 100 m masculin, au deuxième jour des Championnats du monde d’athlétisme de Tokyo 2025. Nikon Z 9 + NIKKOR Z 135mm f/1.8 S Plena, 1/2000 s, f/2.0, 1000 ISO ©Hannah Peters/Getty Images

Apprenez à les connaître, apprenez à connaître leurs réactions
Tout d’abord, un bon portrait doit exprimer une émotion, qu’elle soit positive ou négative. Il doit également susciter chez la personne qui le regarde l’envie d’en savoir plus. Noah Lyles est un athlète extraordinaire à photographier, car il offre toute une palette d’émotions et de réactions à l’issue de ses courses. Je me trouvais au bout de la piste de 100 mètres, dans les douves. Lyles avait terminé sa course, et je savais que je devais rester près de lui alors qu’il passait devant moi, dans l’espoir qu’il fasse quelque chose de différent. Heureusement, il s’est retourné une fraction de seconde et a tiré la langue. La scène a été très brève et, grâce à une ouverture de f/1.8, l’appareil photo a pu faire la mise au point et capter son regard alors que l’action se déroulait en un clin d’œil. Une ouverture de f/1.8 permet de mettre en valeur la profondeur de champ lorsque le sujet est aussi proche, et c’est là que les objectifs à focale fixe lumineux permettent vraiment d’obtenir l’effet recherché.
Le conseil des pros : Laissez le sujet bouger et occuper tout le cadre. Suivez-le autant que possible, car vous ne savez pas ce qui pourrait arriver et changer complètement la photo.
Les Sud-Africains Eben Etzebeth et Jesse Kriel célèbrent leur victoire à la fin de la finale de la Coupe du monde de rugby 2023 opposant la Nouvelle-Zélande à l’Afrique du Sud. Nikon Z 9 + NIKKOR Z 400mm f/2.8 TC VR S, 1/2000 s, f/2.8, 2000 ISO ©Hannah Peters/Getty Images

Le quitte ou double du cadrage
Les moments du coup de sifflet final au rugby sont extrêmement imprévisibles. Tout doit se mettre en place pour créer une image forte, et ce match était indécis jusqu’au bout. Mon cœur battait très fort et la pression était énorme. C’est très stressant de devoir décider qui va gagner, sur qui mettre au point et où se placer pour avoir un arrière-plan le plus épuré possible, en espérant que deux joueurs réagissent avec une émotion authentique. J’ai choisi de rester sur le 400 mm avec un cadrage serré plutôt que large, afin de faire disparaître l’arrière-plan et de remplir le cadre d’émotion. En une fraction de seconde, tout peut changer, il faut donc réagir rapidement, changer de sujet et refaire la mise au point. Quelle satisfaction quand tout se met en place !
Le conseil des pros : Disposer d’appareils photo et d’objectifs lumineux capables de réagir instantanément est essentiel lorsque l’on travaille dans des situations où la pression est forte. Préparez les réglages et les fonctions de votre appareil photo. Dans le sport, anticiper une situation nécessite beaucoup d’entraînement, de recherche et d’expérience.
Aryna Sabalenka célèbre un point marqué face à l’Espagnole Paula Badosa lors de la demi-finale du simple dames, au cours de la 12e journée de l’Open d’Australie 2025, à Melbourne Park. Nikon Z 9 + AF-S NIKKOR 120-300mm f/2.8E FL ED SR VR + adaptateur pour monture FTZ II, 270 mm, 1/2000 s, f/2.8, 2000 ISO ©Hannah Peters/Getty Images

Faites attention aux moments intermédiaires
Toujours très intense pendant ses matchs, Sabalenka peut réagir à tout moment ; face à une joueuse comme elle, il faut donc être prêt bien avant la balle de match. Au tennis, il n’est pas toujours facile d’obtenir un arrière-plan épuré lorsqu’un joueur réagit ou laisse transparaître ses émotions pendant le match. C’est pourquoi, lorsqu’on parvient à capturer un moment où l’arrière-plan est net et bien éclairé, c’est d’autant plus gratifiant. Grâce à la capacité de l’objectif 120-300 mm à effectuer rapidement un zoom avant ou arrière, j’ai pu travailler avec plus de liberté sous différents angles, ce qui m’a permis de remplir le cadre et de créer une image plus percutante lorsque Sabalenka réagissait.
Le conseil des pros : Pendant un match de tennis, il est difficile de changer fréquemment de position. Il est donc important de choisir son emplacement en tenant compte de l’arrière-plan, de la lumière et de l’endroit où la plupart des joueurs réagissent, afin de se donner les meilleures chances de saisir une réaction pure et intense.
Le Néo-Zélandais Ardie Savea célèbre le deuxième essai de son équipe lors du quart de finale de la Coupe du monde de rugby 2023 contre l’Irlande. Nikon Z 9 + NIKKOR Z 70-200mm f/2.8 VR S, 70 mm, 1/1700 s, f/2.8, 1600 ISO © Hannah Peters/Getty Images

Figez le moindre détail
Avec une vitesse d’obturation supérieure à 1⁄1600 s, tout semble figé, même les gouttes de sueur et les postillons du joueur, ce qui ne fait que renforcer le caractère unique du moment. L’utilisation d’une ouverture de f/2.8 permet également de détacher le sujet de l’arrière-plan afin de concentrer l’attention sur l’essentiel. Se placer pendant un match de rugby peut être difficile, car tout est très imprévisible. Alors, quand un essai est marqué dans votre moitié de terrain, dans votre coin, et que toutes les conditions sont réunies, c’est un moment vraiment spécial.
Le conseil des pros : Effectuez un zoom avant encore plus rapproché, même lorsque les joueurs avancent rapidement vers vous. Dans certains cas, comme celui-ci, laisser le sujet occuper tout le cadre permet d’obtenir une image plus dynamique.
Armand Duplantis, de l’équipe de Suède, célèbre son nouveau record du monde après avoir franchi 6,30 m lors de la finale masculine du saut à la perche, au troisième jour des Championnats du monde d’athlétisme de Tokyo 2025. Nikon Z 9 + NIKKOR Z 70-200mm f/2.8 VR S, 200 mm, 1/2000 s, f/2.8, 1600 ISO ©Hannah Peters/Getty Images

Faites ce que les autres ne font pas
L’ambiance qui régnait dans le stade au moment où Duplantis a battu le record du monde de saut à la perche reste l’un des meilleurs moments que j’ai vécus. Mais les moments les plus émouvants sont survenus par la suite. Il courait et réagissait dans tous les sens. Je me souviens du nombre impressionnant de photographes et de l’attroupement qui s’est formé autour de lui dès qu’il s’est dirigé vers la foule. J’ai décidé de rester en retrait et de le photographier au téléobjectif, dans l’espoir de saisir le chaos qui l’entourait. Pour essayer de saisir quelque chose de cet instant, j’étais littéralement penchée par-dessus la barrière, avec les douves en contrebas, en inclinant l’écran de l’appareil photo pour m’aider à cadrer l’image et éliminer les éléments indésirables.
Le conseil des pros : Essayez différentes positions lorsque vous travaillez dans des situations de forte pression. Parfois, il vaut mieux prendre du recul et photographier quelque chose qui sort de l’ordinaire.


Après l’adrénaline, place à l’émotion
Après la montée d’adrénaline, c’est généralement une émotion brute et authentique qui prend le relais, ce qui a certainement été le cas pour Thea Lafond après la course. Elle a repéré un drapeau dans la foule et l’a enroulé autour d’elle. J’ai tout simplement adoré la façon dont sa médaille s’est mise à se balancer autour de son cou, devant le drapeau : un seul cliché qui résume parfaitement le résultat et toute l’émotion ressentie. L’ouverture f/1.8 floute l’arrière-plan, créant un léger effet bokeh avec l’éclairage du stade, ce qui attire plus rapidement le regard du spectateur sur le sujet et renforce ainsi l’impact de l’image. L’avantage d’un téléobjectif réside dans sa capacité à mettre davantage en valeur la réaction du sujet. Les éléments superflus autour de celui-ci sont éliminés et l’arrière-plan est épuré, de sorte que rien ne détourne inutilement l’attention du sujet.
Le conseil des pros : L’utilisation d’une ouverture de f/2.8 ou supérieure peut vraiment améliorer la qualité de vos photos de sport et de vos portraits, en particulier dans les stades bondés.
Cherchez où se trouve l’amour
Quand Gianmarco Tamberi a repéré sa mère dans la foule après avoir remporté la médaille d’or, j’ai su que je devais les suivre, car quelque chose de spécial allait peut-être se produire. Ce fut un véritable tourbillon d’émotions de travailler dans les douves pour saisir cet instant, puis vint ce moment de joie pure, de fierté, d’amour et de sérénité au milieu de tout ce chaos. Ce cliché a pu voir le jour parce que j’avais mon objectif 24-70 mm à portée de main et prêt à l’emploi, et que j’ai réussi à me placer au bon endroit. Tout est une question de préparation et de réactivité.
Le conseil des pros : Recherchez les interactions particulières entre deux personnes au milieu du tumulte qui vous entoure. Ces moments donnent souvent lieu à des images fortes et mémorables.
La médaillée d’argent Amy Hunt, de l’équipe britannique, pose pour une photo avec sa médaille après avoir disputé la finale du 200 m féminin au septième jour des Championnats du monde d’athlétisme de Tokyo 2025. Nikon Z 9 + AF-S NIKKOR 120-300mm f/2.8E FL ED SR VR + adaptateur pour monture FTZ II, 270 mm, 1/1900 s, f/2.8, 1600 ISO ©Hannah Peters/Getty Images

Tout ce qui brille n’est pas forcément de l’or
Je trouve l’expression d’Amy après avoir remporté la médaille d’argent tout simplement géniale. C’était inattendu et tellement spécial pour elle. Certains photographes sportifs se concentrent toujours sur la médaille d’or, mais ils passent à côté de l’essentiel. Ce moment avec Amy montre à quel point elle est enthousiaste. Grâce à l’objectif 120-300 mm, j’ai pu saisir sa réaction à la bonne distance, alors qu’avec un objectif grand-angle, l’image aurait manqué de précision et perdu de son impact.
Le conseil des pros : Outre les moments forts d’une course, d’un match ou de la victoire d’un athlète, guettez d’autres situations intéressantes qui pourraient se produire. Parfois, les meilleures réactions se produisent loin de toute agitation.
Gout Gout, de l’équipe australienne, pose pour une photo après avoir échoué à se qualifier pour la finale lors des demi-finales du 200 m masculin, au sixième jour des Championnats du monde d’athlétisme de Tokyo 2025. Nikon Z 9 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S, 42 mm, 1/2000 s, f/2.8, 1600 ISO © Hannah Peters/Getty Images

Changez d’objectif rapidement ou utilisez un zoom
Il est essentiel, pour saisir ce genre d’instant, d’anticiper les mouvements de l’athlète et d’être prêt à changer d’objectif à la dernière seconde pour immortaliser tout ce qui va se passer ensuite. Dans son enthousiasme, Gout Gout s’est précipité vers la fosse réservée aux photographes et a failli tomber sur nous. Heureusement, grâce à mon objectif grand-angle, j’ai pu saisir ce moment. Avec des athlètes comme Gout Gout, qui adore se mettre en scène devant les appareils photo et qui affiche une multitude d’expressions et déborde d’énergie avant et après la course, il est très important d’être prêt à tout.
Le conseil des pros : Au moment de choisir les photos à envoyer aux rédacteurs à distance depuis mon appareil photo, je recherche une image qui résume un instant, que ce soit par sa simplicité, son jeu de lumière, l’expression des sujets ou une action intéressante qui la distingue des autres vues.
Le Néo-Zélandais Daniel Hillier célèbre sa victoire à l’Open de Nouvelle-Zélande, au Millbrook Resort de Queenstown. Nikon Z 9 + NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S II, 24 mm, 1/4000 s, f/2.8, 1250 ISO ©Hannah Peters/Getty Images

Attendez-vous à toutes sortes d’imprévus
Ce fut un moment vraiment spécial de pouvoir immortaliser le premier Néo-Zélandais à remporter l’Open de Nouvelle-Zélande depuis 2017 et d’être présent lorsque les amis de Daniel ont spontanément envahi le green pour fêter sa victoire. Prendre des photos et faire la mise au point quand le champagne jaillit au-dessus de votre tête et vous éclabousse les yeux, ce n’est pas une mince affaire ! Il est important de rester vigilant, de réagir rapidement et de ne pas perdre de vue votre sujet.
Le conseil des pros : Dans des moments comme celui-ci, la préparation est essentielle. Gardez toujours à portée de main un objectif à focale courte pour saisir le moindre imprévu.
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